Le Mobile 2.0 2009 – day 1

Les 10 et 11 mars avait lieu à Paris la 3e édition de Mobile 2.0, à l’auditorium Paris Centre Marceau. Excellente organisation par Christophe Romei de Services Mobiles. J’ai particulièrement apprécié l’idée de faire intervenir avant chaque table-ronde, le temps que les participants s’installent à l’estrade, Thomas Husson de Forrester Research, pour un micro-panorama du sujet abordé, histoire que les intervenants puissent entrer dans le vif du sujet sans se répéter les uns les autres.

La salle (et l’ensemble du centre) est bien agencée, même s’il manque des prises pour recharger régulièrement ses batteries (à ce propos, le traiteur était excellent). Bon à savoir : le balcon de l’auditorium est mieux équipé, de ce point de vue.




Christophe Romei, organisateur

Quelques compte-rendus sur cette journée, au fur et à mesure de leur diffusion : Cédric Giorgi, Goojet…



Raphael Grignani, Manager Nokia Design

La première conférence invitée était celle de Raphael Grignani, responsable du Studio Design de Nokia à San Francisco. Parmi les nombreux chiffres publiés, j’ai retenu notamment la différence impressionnante entre le nombre de forfaits mobiles dans le monde (4,1 milliards) et d’internautes (1,7 milliards). Bien sûr, tous les mobiles ne sont pas des mobinautes mais, comme on le verra plus tard dans d’autres conférences, même de vieux mobiles peuvent donner une expérience de mobile 2.0, et le marché est donc très large. Par ailleurs, l’ONU avait prédit que la moitié de la population mondiale serait équipée de mobiles en 2015, le chiffre a été atteint en 2008 !

Devinette : combien d’après-vous Nokia fabrique de mobiles à la seconde ?

Très rapidement, l’intervention s’est focalisée sur les aspects développement durable de ce secteur. Je pensais à la question posée à mon équipe d’ingénieurs-trekkers qui part en Finlande dans 3 semaines et qui s’intéressent au cycle de vie de mobiles ; je leur avais demandé de regarder aussi du côté des chargeurs.

Imaginez : 426000 téléphones mobiles sont retirés de la circulation chaque jour aux US (l’équivalent de la population de l’aire de Brest)  ! Nokia veut proposer des services et des produits durables, et travaille notamment sur un chargeur qui sait se couper du secteur quand il a finit de charger (oui, parce que votre chargeur actuel, utilisé toute la nuit, continue à consommer même quand votre mobile est rempli).

L’aspect social n’est pas laissé pour compte : Nokia travaille à des mobiles très simples pour les personnes analphabètes dans les pays en voie de développement. Il y avait un transparent assez intéressant dans la présentation de Raphael, corrélant l’arrivée des mobiles dans un pays et l’augmentation du niveau de vie de ce pays. (en attendant que cette présentation soit publiée, vous avez déjà deux slideshares de Raphaël).

Enfin, petite pépite au milieu de la présentation : le site qu’est-ce que vous pouvez avoir pour 5 dollars dans le Monde ? Allez-y porter votre contribution.

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Thomas Husson (bizarre, j’ai pas pris de photo) Senior Analyst chez Forrester (400 analystes, 250000 utilisateurs interrogés) poursuivait avec un zoom et une analyse des marchés des services mobiles européens et US.

Le marché mobile US est assez homogène, peu fragmenté, et on peut dire qu’il rattrape sont retard par rapport à la moyenne européenne. On observe partout dans le monde un léger ralentissement des marchés mobiles (la Crise), et il est probable que 4G et LTE seront un peu retardés. Ceci dit (c’est moi qui parle, là), la prospective sur la sortie mondiale de telle ou telle techno est un exercice périlleux, retenons donc l’aspect positif des choses : comme il faut absolument s’intéresser de près aux usages du Mobile 2.0, il y a donc encore un peu de temps pour monter dans le train en tête de rame.

Mobile 2.0, au fait, qu’est-ce que c’est au juste ? Hmmm, un peu comme le 2.0 en général, ne vous accrochez pas à une définition toute faite. C’est en constante évolution, constamment réinventé.

Côté chiffres : aux USA, 69% des utilisateurs de mobiles ne font pas d’internet mobile, contre 46% en Europe (pour un focus France, Médiamétrie intervenait le deuxième jour avec toute une batterie de transparents). Les non-utilisateurs trouvent l’internet mobile trop cher (69%), trop lent (55), dispo sur un écran trop petit (54), présentant une ergonomie trop éloignée de celle des PC (51). (tiens, on pourrait en faire une parodie de pub).

Les acteurs innovent avec de nouveaux types de forfaits. Orange en France a annoncé 1,4 millions de forfaits Origami, 3/4 ayant l’illimité. De manière générale, 27% de ceux qui ont un forfait data consultent internet de manière quotidienne, et 24% de manière hebdomadaire. (cela me semble être des chiffres supérieurs à ce que Médiamétrie donne pour la France)

Côté méthodo : Forrester catégorise les services mobiles autour de 4 grands ensembles d’usages : communiquer (voix), contrôler (à distance), créer, consommer.

Côté points-clé : 2 tendances sur les mobiles ? la géolocalisation et les réseaux sociaux, et surtout la convergence des deux. Et il y a encore tout à inventer (je crois qu’avec Bookbeo on est pile dans le focus). Thomas recommande par ailleurs aux acteurs présents dans la salle de bien connaître (qualifier) le profil de leurs utilisateurs mobiles (et cela passe par ces deux tendances, tant qu’à faire).

À charger : la présentation de Thomas chez Forrester.


Table ronde : comment tirer partie des widgets sur mobile ?

La première table-ronde de la journée avait pour objet les widgets sur mobile. C’est quoi un widget, d’abord ?  Un single purpose mini-application bidule. Un machin qui fait une seule chose, et le fait bien. Une petite appli dans le coin de votre écran Vista qui va chercher la météo du lendemain et la tient à votre disposition au coin de l’oeil. Ce sont aussi des applis qui se téléchargent et s’installent facilement : hop j’aimerais bien avoir la météo sur mon mobile sans devoir aller la chercher dans je ne sais quel sous-menu de windows mobile 6.1, hop j’ai cette widget en forme de soleil (c’est celle de Brest que j’installe, pour vous il y a d’autres icônes possibles) sur mon écran d’accueil du mobile.

Poussé à fond, c’est l’interface de l’iPhone : plein d’icônes sur la page d’accueil. (70% du trafic internet mobile aux US vient de l’iPhone)

Mais les widgets sont quand-même un peu plus que cela. Elles permettent aussi d’accéder au contenu offline. Et surtout, elles personnalisent le type de contenu qui est important pour vous. Eh oui, le mobile, c’est avant tout per-son-nel.

À ce stade, allez lire l’article de Neteco, très complet, et voir ces quelques vidéos.

Si les débats pour ou contre les widgets (par rapport aux applications connectées), pour ou contre telle solution, quelle cible viser (B2B, B2C…) étaient plutôt intéressants (c’est-à-dire, matière à réflexion), j’ai surtout retenu que la plupart des acteurs concernés, si ce n’est tous, permettent aux développeurs tiers de développer des widgets, en leur fournissant des API ou diverses plates-formes de développement. Par ex. Djinngo pour Orange, ou les API de Webwag. Voilà un formidable terrain d’expression pour des applications agiles proposées par des développeurs soucieux de se faire connaître.

À retenir, l’utilisation des widgets créent adhésion et loyauté (au service proposé, à la marque associée), donc, à regarder de près par votre département marketing.

Il reste cependant des progrès à faire, parmi lesquels je retiens la nécessité d’un mécanisme de découverte et d’ajout de contenu widgets le plus simple possible  (et là, j’ai eu une super idée, mais je la garde off pour l’instant).

Enfin, à la question (du début) « quelle différence entre widget et appli », on peut répondre par a) le temps de développement (respectivement quelques jours / quelques mois), b) la notion de « présence (des widgets) sur le dashboard » (i.e. à portée d’oeil et pas au fin fond d’un menu windows mobile) et c) la profondeur de l’application.



Table ronde  : publicité sur mobile en 2009 : crise ou pas crise ?

Bon, la publicité sur mobile n’est pas le sujet qui me passionne le plus, donc j’ai pris un peu moins de notes. J’ai quand-même retenu que les deux secteurs les plus actifs sur mobile ce sont ceux de l’automobile et ceux de la banque, et que la pub sur mobile était plutôt en push.

Que la tendance à venir (mais encore très peu de cas d’école), ce sont les campagnes de pub multi-écran. Le principal conseil est d’ailleurs de mener la réflexion de la pub sur mobile dans un cadre plus global, une campagne digitale au sens large.

Deux remarques m’ont amusé : a) les publicités géolocalisées sont encore en prospective (je me souvenais en avoir parlé à un opérateur il y a plus de 5 ans) et b) les intervenants ont souvent mis l’accent sur des campagnes multi-pays, mais je me disais en les écoutant que, vu le point a), peut-être qu’inventer des campagnes mobiles pas chères très localisées serait tout aussi intéressant (la longue traîne de la pub sur mobile ?).


Table ronde : les réseaux sociaux au coeur du mobile

La table-ronde réseaux sociaux au coeur du mobile a été l’occasion pour alexandre Szyda, multimedia marketing manager chez Gemalto, de présenter les nouvelles applications de la puce SIM, un élément qui n’est sans doute pas assez pris en compte par les développeurs sur mobile aujourd’hui.

Auparavant, les divers intervenants avaient rappelé que le coeur de cible pour les réseaux sociaux en mobilité sont les jeunes, les plus appétents aux services mobiles.


Alexandre Szyda : multimedia marketing manager, Gemalto

La SIM est le seul device physique de l’opérateur qui soit entre nos mains d’utilisateur. Une application développée pour une SIM marchera sur tous les mobiles, ce qui est un atout indéniable. De plus, elle permet d’emporter facilement une application d’un téléphone à un autre.

La carte SIM possède un ensemble d’API qui permet d’accéder au téléphone et à ses fonctionnalités. Gemalto se situe ainsi comme opérateur « SIM based applications », et propose un SIM toolkit aux développeurs. Noter que le parc des SIM est actuellement renouvellé, une expérience que vous avez peut-être faite lors de votre dernier changement de mobile. Gemalto propose sa multimedia SIM, et Alexandre rappelait l’existence des Smart Card Web Server embarqués dans les nouvelles SIM (encore un aspect que les développeurs mobiles, issus du monde de l’internet et non pas des télécoms, n’utilisent peut-être pas assez).


Table ronde : 2 plateformes, 2 stratégies : iPhone : Android

Alors, iPhone ou Android ? Je pense que la réponse a clairement été iPhone et Android. Voyons pourquoi. 

Première chose qui viendrait à l’esprit : Apple c’est fermé, Google c’est ouvert. Pour développer sur iPhone, il faut être équipé Mac (l’iPhone est d’ailleurs un cheval de Troie d’Apple chez les développeurs, obligés de s’intéresser au monde Mac, et finissant par développer aussi pour Mac), les spécifications n’ont pas été toutes ouvertes, un seul téléphone (pour l’instant) est disponible, et il a certaines limitations qui font que les applications tierces ont moins de possibilités que les applications Apple.

Pourtant, l’opposition entre iPhone et Android ne peut se réduire à une nature fermé/ouvert. Parce que les choses ne sont pas aussi blanc-noir que cela, Google, n’étant pas non plus complètement animé des intentions open que l’on pourrait espérer, et parce qu’Apple est amené à s’ouvrir de plus en plus sous la pression des développeurs.

La différence (plutôt que l’opposition) se tiendrait plutôt dans le fait qu’il faut considérer Android comme un laboratoire de développement (les premiers téléphones Android ne sont pas hyper sexy, et l’interface utilisateur a été plusieurs fois critiquée), alors que l’iPhone est déjà un objet de désir (pour les utilisateurs, et donc pour les opérateurs et puis les annonceurs). Développer pour iPhone et pour Android, c’est avoir deux fers au feu à des étapes différentes du cycle de vie du produit. Je pense que pour l’iPhone on a ainsi déjà dépassé l’étape des early adopters, ce qui n’est pas du tout le cas pour Android (900000 G1 vendus aux USA, moins de 1000 applications, arrivée en ce moment en France via SFR et le G2).

L’écosystème iPhone se veut plus mature et plus sûr, et ceci se traduit par un processus de publications des applications iPhone assez complexe : applis qui doivent suivre des guidelines très strictes, et développeurs souvent anxieux de se voir retoquer leur appli (et devoir l’expliquer à leurs clients) pour des raisons parfois pas très justes. Pour Android, chacun peut proposer ses applis sur son propre site, ce qui devrait en accélérer le cycle de vie (le fameux constant beta du 2.0). En contrepartie, on risque de trouver encore plus pour Android la même appli développée sous x000 formes, et il faudra avoir confiance dans les développeurs pour charger leurs applications. Ce foisonnement d’applis fera l’affaire de Google pour qui le business est avant tout la recherche d’informations. Pour être visible, il faudra être mieux référencé…

Dans tous les cas, ignorer les applications mobiles en 2009 serait une grave erreur. Apple a révolutionné ce monde avec a) sa plate-forme de téléchargement AppStore (principe copié par tous les autres systèmes d’exploitation mobiles en ce moment) et b) son interface plaçant les applications  sur l’écran d’accueil (home screen) directement (je ne considère pas l’écran tactile, voire même le multi-touch, comme plus révolutionnaire que ces deux précédents points). L’utilisation des mobiles en est complètement bouleversée, poussant à l’extrême la personnalisation possible de cet objet, et donc les relations 1-1 avec son utilisateur. Un rêve pour beaucoup.


Table-ronde : M-commerce, des opportunités à la réalité du marché

La question principale de cette table-ronde sur le M-commerce ? Vous autres, prestataires qui développez des applications mobiles, quel est votre retour sur le marché ?

Eh bien, je dois dire que je n’ai pas trouvé cela très enthousiasmant. Certes, les 4 personnes réunies ont une réelle connaissance de ce marché ; j’y ai retrouvé un manager du groupe (Novedia) qui a acquis l’entreprise où je travaillais dans le passé (Jipo), et l’ex directeur marketing de voyages-sncf.com qui a racheté Cityneo, un cityguide pour lequel nous avions fait le pilote -brestois- avec mon équipe de Jipo. Mais je n’y ai pas entendu de discours sur des services mobiles qui feraient rêver, comme ce que l’on peut voir à une conférence de la FING, même si quelques mots-clé ont été prononcés qui laissent augurer du bon.

Mon impression, alors que j’ai la chance de travailler aussi avec des chercheurs de divers pôles de compétitivité, est qu’il y a encore un espace important entre ce que vendent les prestataires à leurs clients, et ce qui pourrait vraiment être développé, si tant est que les deux mondes marketing et recherche avaient une surface de contact plus importante, et des temps de contact plus adaptés.

Je profite donc de ce billet pour attirer l’attention des développeurs de services mobiles sur une plate-forme de test et d’expérimentation comme Imag’In Lab, déployée actuellement en Bretagne, qui vous permettrait de vous lacher complètement, sur des technologies de dernière génération (et à venir), avec des panels d’usagers immédiatement disponibles. (et n’oubliez pas, je suis le régional de l’étape, si vous voulez un appui local).

Retenons également quelques petites phrases utiles : « un vrai acheteur, ce n’est pas celui qui vient une fois, c’est celui qui vient deux fois » et « en matière de tracking / reporting, les annonceurs attendent du mobile le B.A.-Ba de ce qu’ils ont sur le web, et nous en sommes encore loin ».


Table-ronde : les programmes Start-Up Mobile

Lors de cette table-ronde, Sun, SFR, Orange et Bouygues Telecom (dans l’ordre d’arrivée, il me semble, de leur implication -en terme de ressources dédiées, humaines et financières- envers les start-up mobiles non issues de leur enceinte) ont présenté leurs différents programmes, les personnes clé à contacter, le montant de leurs investissements et le nombre (impressionnant, 550 pour SFR en deux ans) de projets déjà rencontrés.

Je vous invite à vous reporter sur l’enregistrement audio de cette intervention, dès qu’il sera disponible sur Le Mobile 2.0.

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